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Médias libres ouverts et non-marchands


Type: Culture libre
Liste


Les médias libres, ouverts et non-marchands sont :

  • Libres. Ils sont en libre-accès et les contenus sont sous licence libre.
  • Ouverts. Tout un chacun peut y participer, devenir rédacteur (on dit aussi média participatif ou média citoyen).
  • Non-marchands, car, entres autres, ils sont sans publicité, non payants, n'utilisent pas les données utilisateurs à des fins marchandes et minimisent le recours aux échanges marchands pour leur production et leur diffusion.

Définitions

On peut définir un média comme un outil mis au service de la transmission d'information. Il en existe plusieurs catégories : parole, journal, site, cassette, etc.

Par liberté, il faut entendre pouvoir faire (ne pas être empêché) et pouvoir ne pas faire (ne pas être obligé), sans y être contraint directement ou indirectement par une autre personne, physiquement ou sous une quelconque menace.

Ainsi définie, la liberté doit, si on veut l'évaluer, être rapportée à sa dimension sociologique. Car elle suppose deux choses :

  • une égalité de moyens permettant, à un niveau technologique donné, qu'un même niveau de pouvoir soit distribué à tous. Cela constitue son étalon de mesure.
  • une minimisation des contraintes et des menaces, rendue nécessaire par les tensions induites par la maximisation des différentes libertés. Cette minimisation n'est pas toujours facile à évaluer.

On peut distinguer quatre libertés de base:

  1. La liberté d'accéder à l'information et d'en faire usage,
  2. La liberté de produire et de diffuser l'information, ce qui correspond à la notion d'ouverture.
  3. La liberté de rediffuser l'information déjà produite, autrement dit, de la reproduire,
  4. La liberté de modifier l'information pour son usage et de la rediffuser ainsi transformée.

Conflits entre les libertés

Certaines libertés s'opposent. Par exemple, pour accéder à l'information détenue par un tiers, il se peut que je doive le contraindre à la diffuser (s'il souhaite la garder secrète). De même, si je veux m'exprimer, je contrains l'autre à m'entendre, à défaut de pouvoir le contraindre à m'écouter! Pire, si je veux qu'on m'entende, je peux être forcé de contraindre l'autre à se taire! Et encore pire, si je veux le contraindre à m'écouter, je peux le forcer à rediffuser l'information!!

Ces situations sont courantes. L'Ecole, par exemple, fonctionne ainsi. Elle contraint ses usagers à consommer l'information, les empêche d'en produire une qui soit alternative et les oblige à la reproduire.

Alors, si ces libertés s'opposent, faut-il y renoncer ?

L'introduction du principe d'égalité permet en partie de répondre à cette question. Si chacun dispose des mêmes libertés, par exemple, le même temps de parole, le même droit de s'exprimer sur un sujet, le droit de ne pas assister à un cours, de ne pas voter, etc., les contraintes vécues par chacun sont les mêmes. En conséquence, elles sont, à défaut d'être absentes, équitablement réparties. Est-ce le cas aujourd'hui ?

Dans les grandes organisations, non car il existe de fortes disparités. Et les disparités techniques renforcent ces inégalités: 1. en accroissant les pouvoirs de diffusion, de collecte d'informations, etc., 2. en renforçant les inégalités dans l'appropriation des outils (ceux-ci étant de plus en plus sophistiqués). Dans le cas d'une radio publique qui émet dans la rue, les inégalités sont amplifiées. On devrait ajouter, pour clore ce point, qu'il faut aussi tenir compte de la force de la contrainte qui pèse sur une personne.

Dans tous les cas, il y a un principe fondamental qui joue, c'est la possibilité, technique ou non, de faire défection. C'est à dire, par exemple, de ne plus écouter, en sortant d'une pièce, en éteignant un poste, etc. Elle confère un pouvoir "supplémentaire". Au sens où, si je subis une écoute forcée dans une pièce, pouvoir m'en évader garantit ma liberté.

Dernier point, les conflits entre les libertés ne sont pas tous du même ordre. Distinguons trois cas.

  1. J'ai besoin de contraindre l'autre pour réaliser mon action, donc de limiter sa propre liberté. C'est une condition nécessaire. Par exemple, en lui sous-tirant des informations qu'il dissimule.
  2. Je n'ai pas besoin de l'autre pour réaliser mon action. Si je limite sa liberté, c'est une conséquence de ma liberté déjà accomplie, mais ce n'est pas une condition nécessaire pour être libre. Par exemple, je parle, et il m'écoute malencontreusement. Ni moi, ni lui ne pouvons changer la situation. Mais j'aurais pu parler, qu'il m'écoute ou non. A contrario, dans le cas précédent, je n'aurais pas pu accéder à l'information sans qu'il parle.
  3. Je n'ai pas besoin de l'autre pour parler et je ne contraint pas l'autre à m'écouter. Il peut aisément choisir de ne pas le faire. Dans ce cas, la contrainte va plutôt dans l'autre sens...

D'un point de vue éthique, la résolution de ces trois configurations n'est pas la même. Dans le premier cas, il est clair qu'une telle liberté n'a pas à être exercée sans le consentement de l'autre personne. Donc, en l'absence d'un procédé d'échange, elle doit être abandonnée. Dans le deuxième cas, la résolution passe par la recherche d'un compromis qui minimise les contraintes respectives. Enfin, dans le troisième cas, on voit mal pourquoi une contrainte restrictive s'applique, tout au moins dans le cas de l'information. Que quelqu'un dise, seul dans son coin, que la lune est verte, libre à lui de le faire !!

Il y a donc bien un espace où parler de liberté d'expression ou d'information a un sens, même si les libertés ne peuvent être totales et fonctionnent de concert. A défaut, il faut donc bien souvent défendre l'égalité des droits et des moyens. Par exemple, l'art de rue est un média égalitaire. Chacun peut le pratiquer, y avoir accès. Certes, il impose une quasi-obligation d'accès. « Je suis bien obligé de regarder un graffiti! ». Mais cette limite est faible, équitablement répartie et rien ne m'empêche de prendre mon pinceau pour effacer un tag déplaisant (avec de la peinture écologique, SVP !!) !! A contrario, la propagande publicitaire est inégalitaire : l'accès aux panneaux d'affichage est refusé au simple citoyen, surtout s'il est désargenté !!

Liberté et démocratie

Il est courant d'entendre que les médias sont libres dans les pays démocratiques, c'est pourtant loin d'être certain ! Les entorses à ces libertés y sont nombreuses.

  • La liberté d'accès à l'information. Elle serait respectée ? Assurément non !! Elle est par exemple restreinte par la publicité de rue, ou les radios en continu dans les centres urbains un peu avant noël – pratique de propagande en apparence inoffensive... Elle est aussi restreinte par les médias payants, et bien sûr, par la censure.
  • Qu'en est-il de la liberté de produire de l'information ? Une plaisanterie! Prenons la comptabilité obligatoire, l'obligation de déclarer des revenus... Sans parler des disparités considérables dans la répartition du pouvoir d'expression. Certes, on nous dit qu'il faut laisser à des professionnels... Mais faut-il les croire ?
  • La liberté de rediffusion ? Elle est entravée par le carcan du droit d'auteur, par les lois relatives à l'ensaignement obligatoire...
  • Quant à la liberté de modifier l'information (est-on libre de croire ou non certaines informations, d'en modifier la valeur ?) et de le faire savoir ; dans la pratique, qui va de l'organisation religieuse hermétique à la grande entreprise1, elle est loin d'être établie! On doit répéter bien en cœur la parole de son chef!

Médias non marchands et médias libres

Quel lien y a-t-il entre les médias non-marchands et les médias libres et ouverts ?

  • Un média dont l'accès est payant, que ce soit à la consultation ou à la publication, restreint de facto les libertés.
  • Une grande partie de la consommation et de la production obligatoire d'informations que nous subissons, vient de ce qu'elle a un caractère marchand direct ou indirect (comme c'est le cas de la publicité qui pourtant, est généralement gratuite en soi).
  • Nous sommes constamment obligés de produire de l'information pour faire fonctionner le marché : annonces, comptabilité, etc. D'ailleurs, l'argent n'est-il pas un média ?
  • Le fait d'être dans une logique marchande, dans de nombreux cas, oblige à recourir à un blocage de l'accès à l'information, ou de sa rediffusion (droits d'auteur, brevets), qui constitue de fait, une limitation des libertés vues plus haut.

Et on peut allonger la liste... Mais l'essentiel, me semble-t-il, c'est qu'on peut raisonnablement admettre qu'une large part des restrictions des libertés d'expression et d'information sont le fait du marché ou des Etats. Alors même que ces mêmes institutions prétendent œuvrer en leur faveur... Ce qui peut ne pas sembler totalement faux. Quantitativement, nous avons accès à plus d'information et plus facilement. Mais, dans le même temps, l'accès à ces informations peut devenir plus difficile...

Où trouver des médias libres, ouverts et non-marchands ?

C'est surtout du côté d'Internet que ces médias trouvent refuge. Les raisons en sont nombreuses :

  • le coût d'accès à l'information et à la publication est très faible,
  • la technologie en réseau permet à chacun de devenir à la fois usager et producteur d'informations,
  • le monde du logiciel libre a exercé une forte influence sur Internet,
  • certains aspects socio-techniques d'Internet facilitent le contournement de la censure : la possibilité d'héberger des sites sur des serveurs étrangers, le chiffrement, le mirroring, l'effet Streisand, la neutralité du réseau, le flou juridique, etc. (ex: Wikileaks).

Ces médias utilisent différents supports : Usenet (avant Internet), blogs, radioweb, forums, IRC, sites d'information citoyens, wikis, wikis territoriaux, etc.

Notes

 

1 Sur le sujet, on pourra lire l'essai de Simone Weil, L'enracinement, qui n'a rien perdu de son actualité

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